Argos - Journal

10/03/2021

Argos - Journal

Premier article d'Argos

"Assis là, dans l'angle d'une pièce..."

Assis là, dans l'angle d'une pièce où la lumière extérieure ne pénètre que par interstices, je reste sans bouger devant un ordinateur, une cigarette dans une main, l'autre tenant mon visage pâle et rigide dessiné par la lumière terne de ce qui se tient devant moi. 
Je ressens le poids de tout ce qui se passe en dehors. La musique dans le grand salon situé juste en dessous de ma chambre caresse de ses vibrations le plancher. Les notes étouffées viennent se heurter à mon visage blafard et sans vie me poussant à me demander quand est-ce que j'ai décidé de ne plus les entendre autrement que comme un défi. 
Je reste là, à regarder une pièce à une face qui tournoie à l'infini dans les airs ne pensant qu'à une chose : la fatalité de son atterrissage.

 

Je ne réalise rien, et je n'entreprends rien d'autre que mes obligations. On me parle de théorie et de vérités en tous genres qui viennent une a une tomber dans une matière grise visqueuse avant d’être diluées et recrachées par tous mes orifices. 

 

Plus je les mastique puis les gerbe pour créer l'illusion.
Plus je me mastique et me gerbe pour me laisser confondre.

 

Le marbre ne prend pas dans le grand incendie. 
Et je me rends compte qu'en vérité,
je ne sais pas nager. 
La marée noire que je suinte m’empêche de couler autant qu'elle m’empêche de m’élever. 
Condamner à la surface j’accuse les autres, comme le font les autres.
Plus je les regarde, plus j'ai le sentiment de me tenir devant un miroir brisé me revoyant un millier de versions de moi-même.
Identiques en tous points. 

Que reste-t-il alors ?  


Peut-être est-ce cet instant, juste lui, un des derniers de son genre. Qui s'espace de plus en plus entre les rafales des vagues âpres qui m'emportent toujours un peu plus loin. Celui que je peine à contenir tant la houle est forte.  Que je porte péniblement comme un énième dernier appel à celui derrière que je ne connais pas. A celui qui apparaît une seconde pour m’extirper et me vomir comme j'ai pris l'habitude de le faire si bien, mais qui me pousse à le faire pour la bonne raison. Celui qui me permet de coucher les mots. La dernière vérité. Celle qui les contient toutes. Celle derrière la science, la religion, les rituels, le groupe. Celle qui maintient l'homme libre face à sa propre cruauté. Celle qui forge un souffle dans un monde sans air. Celle qui enflammerait la marée et la ferait disparaître si je trouvais la force de faire naître le feu. 

 

Assis là, dans l'angle d'une pièce où la lumière extérieure ne pénètre que par interstices, je reste sans bouger devant un ordinateur, une cigarette dans une main, allumée.

 

 

Argos